Chers collègues,

Le mois dernier, j’ai assisté au tout premier Sommet sur la santé de l’AMC. J’ai été très impressionné par le thème de la rencontre, le nouveau rôle des données et de la technologie dans la prestation des soins de santé.

On laisse entendre depuis des années que les « données massives » perturberont les relations traditionnelles entre patients et médecins, et qu’elles transformeront les soins de santé; il semble que cette vision du futur s’impose déjà.

Beaucoup d’entre vous savent probablement déjà que les données facilitent le type d’interventions dont nous pouvions seulement rêver auparavant. Ou que ces nouvelles sources d’information se multiplient, et que la technologie améliore grandement la collecte, l’intégration et l’utilisation des données. Je m’attends à ce que les données revêtent encore plus d’importance qu’à l’heure actuelle dans la planification des effectifs médicaux.

Dans cette perspective, le Collège royal investit dans le savoir fondé sur des données probantes. Nous croyons que des données plus complètes permettent de prendre des décisions plus éclairées parce qu’elles favorisent un meilleur suivi et de meilleures interventions.

La Base de connaissances sur les effectifs médicaux est un de nos projets qui repose sur des données massives.

Mise à jour de la Base de connaissances sur les effectifs médicaux

En juin dernier, nous avons lancé la nouvelle version de la Base de connaissances sur les effectifs médicaux (BCEM). Vous vous souvenez sûrement de la première annonce de ce projet dans un billet publié à la fin 2016. La nouvelle version comprend de nouveaux points de données, et je vous encourage à la consulter.

La BCEM regroupe des données publiées par le Service canadien de jumelage des résidents, le Système informatisé sur les stagiaires post-MD en formation clinique, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, le Collège des médecins de famille du Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé.

Elle vise à combler un écart important dans les données. Beaucoup d’organisations produisent de précieuses statistiques et en assurent le suivi, mais elles ne disposent d’aucun répertoire central pour conserver ces données et examiner les plus fortes tendances des effectifs selon le contexte.

La chirurgie orthopédique et la psychiatrie évoluent

Les données de la BCEM et d’autres projets similaires nous ont amenés à constater que des changements se dessinent parmi les effectifs médicaux. Par exemple, nous avons observé une importante diminution des effectifs dans les disciplines chirurgicales. Les changements les plus marqués ont été observés en chirurgie orthopédique, où le quota de résidents et le nombre de nouveaux stagiaires ont diminué de 32 pour cent entre 2011 et 2015.

Selon Doug Thomson, directeur général de l’Association canadienne d’orthopédie (ACO), les données sont d’une importance capitale. L’ACO a été l’une des premières organisations à recueillir des données propres à sa spécialité il y a une dizaine d’années, lorsqu’elle a appris que ses membres éprouvaient des difficultés à trouver du travail. Un « aperçu de l’emploi » est maintenant réalisé chaque année à partir des données fournies par les directeurs de programme en chirurgie orthopédique. L’ACO recueille aussi des données provinciales sur les pratiques de recrutement prévues durant la prochaine année et les cinq années suivantes, en fonction des éventuels départs à la retraite, des besoins en effectifs surspécialisés, etc.

Ces mêmes données ont permis à l’ACO de réclamer une baisse du nombre de nouveaux stagiaires en chirurgie orthopédique auprès du gouvernement et des universités afin de compenser les possibilités d’emploi restreintes dans la profession.

Trinity Wittman, directrice du Développement et des Activités de défense des droits à l’ACO, explique que cette réduction n’est pas la solution idéale, mais qu’elle s’avérait nécessaire à court terme. L’organisation continuera d’évaluer les besoins des patients et le marché de l’emploi, puis reverra sa position. L’ACO reconnaît que de nombreux hôpitaux n’ont pas les ressources nécessaires pour recruter un nombre suffisant de chirurgiens pour répondre aux besoins des patients canadiens dans des délais raisonnables. Pour bien faire avec des ressources limitées, l’association cherche donc à faire connaître les innovations qui lui ont permis de mettre en place des mesures efficaces pour réaliser un plus grand nombre de chirurgies sans augmenter la pression sur les ressources existantes.

Contrairement aux diminutions observées au sein des disciplines chirurgicales entre 2011 et 2015, le nombre de nouveaux stagiaires en psychiatrie a augmenté de 28,4 pour cent. Mais encore là, ce chiffre ne reflète pas fidèlement la situation.

Selon la Dre Pamela Forsythe, présidente du Conseil d’administration de l’Association des psychiatres du Canada et directrice de département au Nouveau-Brunswick, même si le nombre total de psychiatres par 100 000 habitants semble équilibré, comme c’est le cas en Nouvelle-Écosse, ce chiffre est biaisé, car ils se trouvent pour la plupart à Halifax. La densité géographique nuit à la pratique communautaire et limite l’accès aux patients.

L’effet du vieillissement des effectifs se fait aussi sentir chez les psychiatres. Elle-même à l’approche de la retraite, la Dre Forsythe se préoccupe du recrutement et du maintien en poste des diplômés dans sa province. Et elle n’est pas la seule. Un nouveau rapport publié au début du mois d’août par la Coalition des psychiatres de l’Ontario fait état d’une pénurie alarmante de psychiatres en Ontario; de nombreuses provinces font face au même constat.

De tels défis confirment la nature délicate de la planification des effectifs médicaux. Les données doivent être mises en contexte pour que les patients et les communautés puissent profiter des efforts déployés.

La répartition des spécialistes, les modèles de rémunération, les champs de pratique par rapport aux besoins de la communauté, l’âge des praticiens, la disponibilité d’autres professionnels de la santé, le soutien à l’innovation et à la technologie… tous ces facteurs (et bien d’autres encore) permettent de déterminer si les besoins des patients sont satisfaits ou non.

Le Collège royal et ses partenaires des domaines des soins de santé et de la recherche ont recours à la BCEM pour tenter de situer ce contexte. Au fur et à mesure que la BCEM évoluera, nous tenterons d’y incorporer de nouvelles mesures de rendement du système de santé et d’en suivre les progrès au fil du temps. Ce type de développement est étroitement lié à nos études sur l’emploi et le sous-emploi des spécialistes, ainsi qu’aux activités de notre groupe de travail chargé d’examiner les bouleversements créés par l’évolution de la technologie en formation médicale et en soins de santé.

Nous diffuserons à l’automne les plus récentes données de notre enquête sur l’emploi, publiée pour la première fois en 2013. La prochaine série de rapports présentera les résultats de nos recherches continues sur les spécialistes qui ont de la difficulté à trouver un emploi dans leur spécialité après avoir obtenu leur diplôme et certains des facteurs en cause.

Au bout du compte, nous espérons que ces sources d’information aideront les intervenants clés des organisations médicales, universitaires, gouvernementales et de formation à prendre des décisions éclairées concernant les effectifs médicaux, en veillant au respect des besoins des patients ainsi que des réalités et contraintes du système de santé.

Dans quelle mesure les données influencent-elles le processus décisionnel de votre pratique?

Je remercie particulièrement M. Doug Thomson, Mme Trinity Wittman et la Dre Pamela Forsythe d’avoir contribué à ce billet.

Recevez mes sincères salutations.

Andrew Padmos, BA, MD, FRCPC, FACP
Directeur général