Chers collègues,

Avez-vous entendu parler du nouveau rapport publié par le gouvernement fédéral, qui fait état de possibilités de remodeler et de revitaliser les organisations pancanadiennes de santé (OPS)?

Compte tenu des budgets combinés de plus de 350 millions de dollars en 2017 — et des répercussions sur les soins dans des domaines comme la santé mentale, l’usage de substances et les traitements contre le cancer — notre réaction à ce rapport doit être constructive. Même si le rapport ouvre la voie à des améliorations, le suivi qui y sera donné doit appuyer la pratique, accroître l’accès aux soins et permettre aux patients de jouir d’une meilleure santé.

L’automne dernier, Ginette Petitpas Taylor, ministre fédérale de la Santé, a demandé que les huit OPS financées par le gouvernement fédéral fassent l’objet d’un examen externe :

  1. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances
  2. Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé
  3. Institut canadien d’information sur la santé
  4. Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé
  5. Inforoute Santé du Canada
  6. Institut canadien pour la sécurité des patients
  7. Partenariat canadien contre le cancer
  8. Commission de la santé mentale du Canada

Le rapport, diffusé sans fanfare à la fin du mois de mars, présente divers scénarios sur les façons dont le gouvernement fédéral peut mettre à profit les efforts des OPS et les canaliser de façon stratégique afin d’améliorer les soins de santé pour la population canadienne (allant de changements mineurs à des révisions en profondeur).

*Consultez le chapitre 2 du rapport (pages 11 à 28) pour en savoir plus sur chaque organisation

Les auteurs du rapport, le Dr Pierre-Gerlier Forest et la Dre Danielle Martin, ont effectué une excellente analyse, bien cerné la situation, et nous donnent l’occasion d’évaluer avec soin le fonctionnement de ces organisations et ce que l’avenir leur réserve.

Nous avons voulu connaître l’avis des membres de notre Comité des politiques publiques et de la santé sur le rapport. Leurs réactions ont été positives, mais un point les préoccupe beaucoup : les auteurs n’ont pas tenu compte des soins spécialisés.

Le rapport fait ressortir la nécessité d’un système de soins primaires complets et intégrés qui répond aux besoins des patients; cependant, il est tout aussi important de répondre à leurs besoins en matière de soins aigus, complexes et spécialisés. Les médecins hautement qualifiés auxquels les patients ont accès par l’entremise de notre système de soins primaires répondent à ces besoins. Malheureusement, le rapport en dit peu sur les façons dont les OPS pourraient veiller à ce que les Canadiens reçoivent les soins spécialisés dont ils ont besoin, que ce soit dans une salle d’urgence, une salle d’opération, un centre de diagnostic ou le cabinet d’un spécialiste. Il est clair que les auteurs n’ont pas saisi l’occasion de préciser comment les OPS pourraient contribuer à un système de santé qui appuie et accélère l’accès aux soins primaires et aux soins spécialisés. Tandis que le gouvernement fédéral prépare sa réponse au rapport d’examen externe, le Collège royal s’emploiera à faire valoir cet objectif dans le cadre d’actions futures.

Voici d’autres réflexions clés sur les constatations générales du rapport de synthèse et les reconfigurations qui y sont proposées.


EXAMEN EXTERNE DES OPS – RÉFLEXIONS SUR LE RAPPORT DE SYNTHÈSE

Première réflexion :  Les recommandations du rapport pourraient transformer les soins de santé.

Les OPS jouent un rôle essentiel. Cependant, selon divers intervenants* :

  • elles ne semblent pas constituer un ensemble d’organisations cohérent;
  • elles ne répondent pas aux besoins du système de santé (tel qu’il est configuré actuellement);
  • elles doivent assumer un rôle de leadership dans l’amélioration de la santé des populations autochtones;
  • elles ne font pas adéquatement participer les patients et les principales parties prenantes à leur travail.

*Consultez l’annexe 5, pages 143-144

Le rapport décrit divers scénarios futurs, chacun basé sur un objectif valable et une vision unique des façons dont le gouvernement pourrait canaliser les efforts des OPS pour améliorer les soins de santé fournis aux Canadiens. Les mesures mentionnées dans ces scénarios vont de « changements » mineurs à des révisions en profondeur, mettant l’accent sur des partenariats, une planification conjointe, des objectifs mesurables et des fonctions précises. En fait, le rapport présente des options au gouvernement. Un tel coffre à outils pourrait être très utile aux leaders fédéraux, mais nous devons faire attention de ne pas choisir seulement ce qui nous convient. Une réponse pragmatique ou opportuniste risquerait de donner lieu à des résultats moins efficaces ou imprévus, qui pourraient nuire aux soins aux patients.

Les OPS effectuent un travail important. Nous devons le garder à l’esprit alors que nous envisageons d’apporter des changements. Il sera important d’effectuer une transition et de faire avancer les mandats respectifs et activités des OPS pour qu’une attention adéquate soit accordée à d’importants enjeux des soins de santé, comme l’usage de substances, les traitements contre le cancer et la santé mentale, et surtout, pour que les patients continuent de recevoir les soins de grande qualité dont ils ont besoin.

Les composantes et fondements des quatre scénarios de changement s’avèrent intéressants. La voie à suivre devrait inclure les éléments qui sont à la base de chacun : efficience, innovation, engagement et équité. Tous ces éléments vont de pair.

Deuxième réflexion :  Se doter d’une vision avant de passer à l’action.

Les auteurs du rapport recommandent au gouvernement fédéral d’établir une vision à long terme des soins de santé au Canada. Qu’est-ce qui nous attend? Comment pourrions-nous orienter les OPS de manière intégrée et rationnelle afin d’atteindre les objectifs fédéraux? Sans se doter d’une vision claire, tous les efforts futurs (y compris ceux des OPS) risquent d’être fragmentés, inefficaces et sans effet. Nous saluons le fait que les auteurs du rapport reconnaissent que les soins de santé transcendent les frontières. Le gouvernement fédéral devrait reconnaître les influences et les réalités mondiales, et les intégrer à sa vision de l’avenir. Nous tenons également à faire valoir que toute vision, quelle qu’elle soit, aurait avantage à tenir compte du rôle des patients et des populations.

Troisième réflexion :  Nous saluons la reconnaissance et l’inclusion notables des populations autochtones dans le rapport.

Nous félicitons les auteurs du rapport d’appuyer l’amorce d’un dialogue entre le gouvernement fédéral et les organisations nationales autochtones afin de déterminer le rôle éventuel des OPS pour donner suite aux priorités des collectivités autochtones en matière de santé. Ils font preuve de sagesse en ne proposant pas d’emblée des solutions pour répondre aux besoins particuliers de ces populations (le gouvernement fédéral et les provinces ont notamment un rôle à jouer pour y répondre). Comme le suggèrent les auteurs, pour assurer l’équité en santé, il faut d’abord entamer un dialogue avec les peuples autochtones, dans lequel ceux-ci ont voix au chapitre et sont sur un pied d’égalité. C’est ce que nous avons fait en créant notre Comité consultatif sur les peuples autochtones, en rédigeant notre Énoncé des valeurs et des principes en matière de santé des Autochtones et en donnant suite à une récente recommandation d’intégrer la santé des Autochtones au titre du contenu obligatoire de la formation médicale postdoctorale. Nous savons que nous pouvons faire de grands pas en avant lorsque nous travaillons ensemble de cette manière.


Nous ignorons encore le suivi que le gouvernement fédéral compte donner aux recommandations du rapport. Celui-ci l’encourage clairement à revoir et à renforcer éventuellement son rôle de leadership en soins de santé au Canada et les façons dont les OPS peuvent mieux contribuer aux soins primaires et spécialisés. Ce rapport de synthèse offre une assise solide pour amorcer des discussions.

Quel serait le principal conseil que vous donneriez au gouvernement fédéral pour établir sa vision de l’avenir des soins de santé au Canada et son rôle afin de concrétiser cette vision?

Dites-moi ce que vous en pensez.

Sincères salutations.

Andrew Padmos, BA, MD, FRCPC, FACP
Directeur général

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Ajustées à l’objectif : Observations et recommandations de l’examen externe des organisations pancanadiennes de santé