Chers collègues,

Lorsque vous pensez à Haïti, quelles images vous viennent à l’esprit? Pour la plupart d’entre nous, ce sont celles du tremblement de terre de 2010 et des secours organisés par la suite pour venir en aide à la population. À bien des égards, Haïti est un pays synonyme de pauvreté extrême et de dévastation, mais aussi de résilience, d’ingéniosité et de survie, pour ceux qui le connaissent bien.

Nos activités de développement avec l’Université Quisqueya (uniQ), à Port-au-Prince, ont commencé il y a plusieurs années. De nombreux membres du corps professoral ont péri lors du séisme et la plus grande partie de l’infrastructure de l’université a été détruite. Comme l’ont fait plusieurs de nos Associés, la Dre Lucie Brazeau-Lamontagne, FRCPC, spécialiste en radiologie diagnostique exerçant à Sherbrooke, au Québec, s’est vite rendue en Haïti, peu après le tremblement de terre, pour prêter main-forte. En plus d’offrir son soutien clinique, elle a vu une occasion de faire participer le Collège royal aux efforts de rétablissement en élaborant des normes de formation et des programmes. Elle a grandement contribué à établir notre relation et notre stratégie avec cette université.

Jusqu’à maintenant, nous avons surtout contribué au renforcement du perfectionnement du corps professoral et du développement professionnel à l’uniQ, afin que les futurs médecins soient plus aptes à pratiquer et à fournir de meilleurs soins. Nous aidons aussi l’uniQ à mettre sur pied un centre de simulation qui pourrait constituer une ressource importante dans ce pays, par le biais d’un don récent d’appareils de simulation. Toutes ces activités appuient la vision que s’est donnée la Dre Geneviève Poitevien, doyenne de la Faculté des sciences de la santé de l’uniQ.

En décembre dernier, des membres du personnel du Collège royal, Danielle Fréchette (directrice exécutive, Innovation des systèmes de santé et Relations externes) et David Piccini (conseiller, Développement international) se sont rendus en Haïti avec quelques Associés. J’ai cru bon d’intégrer à ce message leur compte rendu des progrès que nous réalisons dans ce pays.

Comme le dit si bien Danielle, « nous faisons beaucoup plus que des petits pas ».

Bonne lecture!

Recevez mes sincères salutations.
Andrew Padmos, MD, FRCPC, FACP
Directeur général du Collège royal


Mise à jour sur nos activités en Haïti
Par Danielle Fréchette et David Piccini

La formation médicale en Haïti est très différente de celle que nous offrons au Canada. Ils ont un système d’études prémédicales, appelé l’internat, suivi d’une année de « service social », avant la spécialisation (s’ils choisissent de se spécialiser). Au Canada, les résidents sont aptes à pratiquer à la fin de leur programme; en Haïti, les stagiaires peuvent obtenir un permis d’exercice après leur année de service social. Cette année est en quelque sorte une façon de redonner à l’État, en contrepartie des avantages d’avoir reçu une formation, financée par l’État ou non. Durant cette année, la supervision des stagiaires est limitée voire inexistante, dans des conditions parfois très difficiles. Nous tentons de contribuer à renforcer l’internat pour préparer les stagiaires à l’année de service social.

Nous travaillons avec l’Université Quisqueya (uniQ), une école de médecine située à Port-au-Prince, afin d’aider à améliorer le système et les normes de formation médicale. C’est le désir et la vision de la Dre Geneviève Poitevien, doyenne de la Faculté des sciences de la santé de cet établissement. Des stagiaires ayant reçu une meilleure formation apporteront de meilleures compétences. Celles-ci leur permettront de fournir de meilleurs soins aux patients durant leur année de service social et tout au long de leur carrière. Les médecins qui décident d’entreprendre une formation spécialisée seront ainsi mieux outillés pour poursuivre leurs études.

La simulation, composante essentielle du perfectionnement du corps professoral
Le voyage que nous avons effectué en décembre dernier avait pour but de faire fond sur le protocole d’entente que nous avons conclu avec l’uniQ en juin 2016. Celui-ci précise notre engagement conjoint d’appuyer le perfectionnement du corps professoral et le développement professionnel continu afin que les professionnels de la santé de ce pays reçoivent une meilleure formation et fournissent les meilleurs soins qui soient à tous les Haïtiens. La simulation est une composante essentielle pour y arriver.

La Dre Caryne Lessard, FRCSC, a animé un atelier sur la simulation dans le cadre de l’enseignement clinique, une présentation de base sur ce thème, auquel nous sommes déterminés à donner suite. Le Collège royal a également fait don à l’université d’appareils de simulation qu’il avait de plus. L’inventaire était assez exhaustif et comprenait des simulateurs de tâches, des mannequins et quelques ordinateurs portables pour faire fonctionner les appareils de haute technologie. Ce don permet la création d’un centre de simulation à l’uniQ pour assurer la formation de tous les professionnels de la santé.

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La stratégie du Collège royal en Haïti repose sur le renforcement des capacités. L’enseignement et l’infrastructure en sont des composantes fondamentales et complémentaires. Nous savons que l’accès aux patients dans un contexte de formation pose certains défis. Si les professionnels de la santé peuvent consacrer du temps à la simulation, leur première rencontre clinique (et les rencontres futures) seront non seulement plus sécuritaires, mais aussi plus fructueuses. La simulation peut aider également les médecins à apprendre des techniques ou à mieux les maîtriser. Au-delà des mannequins et des appareils, ce premier atelier sur la simulation était vraiment axé sur l’élaboration de différents scénarios.

À cette étape, nous tentons de faire en sorte que des enseignants de l’uniQ puissent assurer la formation d’autres enseignants sur place, ou dans d’autres établissements. La doyenne de la faculté désire que ce centre de simulation devienne une ressource nationale. L’avancement de son pays lui tient profondément à cœur et elle s’est donné des objectifs clairs : améliorer les compétences et élargir les programmes de résidence. Elle espère que le Collège royal accompagnera l’uniQ le long de ce parcours; quant à nous, nous travaillerons en étroite collaboration avec eux afin de répondre à leurs besoins.

Lorsqu’elle se rendra à nouveau en Haïti, notre petite équipe remettra les appareils de simulation pour qu’ils soient installés. Nous leur montrerons comment les manipuler, les installer et les ranger. Nous leur enseignerons certaines notions de base sur la création de scénarios en utilisant les appareils aux fins d’apprentissage et d’évaluation de l’apprentissage.

Notre approche en Haïti : des efforts durables, ancrés dans le contexte culturel
Nous ne voulons pas tenter l’impossible. Les objectifs formulés sont simples mais d’une envergure considérable, car ce perfectionnement du corps professoral et ce développement professionnel continu seront l’un des piliers du renforcement des capacités dans ce pays. Les médecins que nous formerons pourront enseigner à d’autres médecins et ils continueront de bénéficier de notre appui.

La Dre Lucie Brazeau-Lamontagne, FRCPC, est en grande partie responsable de ces travaux. Elle a plaidé ardemment en faveur de nos efforts en Haïti. Elle a ouvert des portes et a été une ambassadrice du Collège royal, faisant la promotion de nos contributions et établissant d’importantes relations au niveau local. Elle a entre autres contribué à l’élaboration d’un nouveau référentiel de compétences, lancé en 2015-2016, inspiré de CanMEDS. Intitulé « La main qui soigne », ce référentiel comprend tous les rôles CanMEDS, mais il est adapté au contexte culturel local.

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Pour que notre action en Haïti soit efficace et durable, les Haïtiens doivent en être partie prenante. Il est inconcevable que le système d’Haïti soit conçu à partir du modèle canadien, en raison des différences qui existent entre nos deux pays. Nous tentons plutôt de les aider à bâtir le meilleur système qui soit, à la fois conscient des ressources et adapté à leur établissement et à leur pays, sans compromettre les principes fondamentaux d’une formation de qualité.

Pendant notre séjour, nous avons rencontré l’ambassadrice du Canada, Mme Paula Caldwell St-Onge. Celle-ci nous a parlé de la dure réalité sur le terrain, mais a souscrit entièrement à nos activités afin d’appuyer le corps professoral à l’uniQ. Nous ne venons pas en Haïti dans le seul but de bâtir une école et de partir une fois le travail terminé; nous veillons à ce que l’établissement fonctionne bien et de façon durable, c’est un engagement à long terme.

Haïti se rétablit peu à peu. Un plus grand nombre de routes sont pavées, et l’alimentation en électricité est plus constante. À l’uniQ, plusieurs immeubles ont remplacé ceux qui étaient en ruine; une nouvelle bibliothèque a ouvert ses portes et, bientôt, un centre de simulation fera de même. En dépit de tous les défis que la nature et la vie leur ont lancés, les Haïtiens demeurent déterminés à améliorer leurs collectivités et leur pays.

Le Collège royal contribue activement à la qualité des systèmes, en appuyant le renforcement des capacités, le perfectionnement du corps professoral, et en aidant les cliniciens praticiens à acquérir des compétences essentielles (une approche structurée). Les Associés du Collège royal devraient être très fiers.