Chers collègues,

Mon message de novembre dernier portait sur une situation de plus en plus préoccupante : le chômage et le sous-emploi des médecins. J’y expliquais ce qu’a fait le Collège royal pendant plusieurs années pour cerner les causes profondes de l’inefficacité de la planification de l’effectif. J’ai le plaisir d’annoncer que le Collège royal fait connaître aujourd’hui les résultats d’une enquête visant à déterminer pourquoi certains médecins et chirurgiens spécialistes hautement qualifiés ont de la difficulté à se trouver un emploi dans leur spécialité après la certification.

Le rapport comprend une analyse approfondie des données recueillies depuis avril 2011 sur les liens entre le chômage chez les spécialistes et des variables tels les médecins, l’infrastructure hospitalière, le système de santé, les changements démographiques et les politiques gouvernementales. Il fait aussi état de 50 entrevues menées auprès d’associations nationales de spécialistes, de médecins en exercice et enseignants, de chefs dans les hôpitaux, de médecins sans emploi, de résidents, d’experts du système de santé et d’autres intervenants. Même si notre enquête ne permet pas de dégager de solutions aux problèmes d’emploi des médecins, l’analyse des causes sous-jacentes permet quant à elle de commencer à tracer la voie à suivre. Nous espérons que cette enquête suscitera d’autres recherches et collectes de données, et incitera les parties prenantes du système de santé canadien à chercher et à apporter ensemble des solutions.

Un grand besoin d’approfondir la recherche

Permettez-moi de situer le contexte qui nous a incités à explorer cette question. Depuis 2008, nous tenons une conférence annuelle avec des associations nationales de spécialistes du Canada sur les ressources humaines de la santé. Il y a trois ans, certaines associations ont clairement indiqué dans un questionnaire distribué avant la conférence que le chômage et le sous-emploi étaient des enjeux de taille au sein de leurs disciplines. Elles nous ont demandé de nous pencher sur ces derniers. Nous avons donc préparé une question de recherche sur les facteurs importants qui contribuent à la situation à l’échelle nationale.

Les résultats sont troublants : 16 pour cent des médecins spécialistes et des surspécialistes sont incapables de se trouver un emploi, comparativement à 7,1 pour cent chez tous les Canadiens, en date du mois d’août 2013. Il est également intéressant de noter qu’un grand nombre de spécialistes et de surspécialistes (31,2 pour cent) ont choisi de ne pas intégrer le marché du travail pour poursuivre plutôt une formation surspécialisée ou effectuer un stage de perfectionnement afin d’améliorer leurs perspectives d’emploi. La tendance est à la hausse concernant les difficultés liées à l’emploi, ce qui indique que la situation ne pourra que s’aggraver.

Quelle est la réalité sous-jacente à cette tendance inquiétante?

L’enquête nous a appris que trois principaux facteurs, souvent interreliés, contribuent au chômage et au sous-emploi chez les médecins :

  1. Le principal facteur : l’économie. La faiblesse du marché boursier force de nombreux médecins à reporter leur retraite. L’accès indispensable aux ressources, comme les salles d’opération et les lits d’hôpitaux, a été réduit afin de diminuer les coûts, d’où l’effet direct sur l’emploi chez les médecins.
  2. Le deuxième facteur : l’évolution du système de santé et les questions connexes, dont les nouveaux modèles de soins interprofessionnels qui réduisent la demande en soins de médecins et le manque d’harmonisation entre la planification de l’effectif de la santé, les modèles de prestation des soins et les quotas d’admission en résidence.
  3. Le troisième facteur : les enjeux personnels et contextuels, comme le manque de conseils et d’information en matière d’emploi et de carrière, l’âge plus avancé des nouveaux spécialistes à l’entrée en exercice, leurs responsabilités familiales, qui font que le déménagement n’est souvent pas une option.

En tant que leader canadien de la formation et de la certification des médecins spécialistes, le Collège royal doit, pour ses membres et tous les Canadiens, mettre au point des solutions à des problèmes d’emploi de plus en plus grands, en particulier dans des disciplines nécessitant des ressources importantes, comme l’hématologie, la chirurgie cardiaque, la neurochirurgie et la médecine nucléaire. Notre enquête rend compte cependant de problèmes qui touchent l’ensemble du système; aucune organisation ne peut à elle seule trouver et apporter des solutions.

Une approche pancanadienne pour relever le défi de l’emploi

En février, le Collège royal tiendra un forum national qui réunira des intervenants du système de santé, dont des résidents et des chefs de file de la formation médicale, du gouvernement et des soins de santé. Nombre d’entre eux ont mené leurs recherches et adopté leurs approches, et nous avons hâte d’entendre leurs points de vue et leurs constatations. Nous nous attendons à ce que ce forum permette d’établir une collaboration pancanadienne au sujet de ces problèmes d’emploi. À terme, nous aimerions que soit créé une agence nationale ou un groupe de réflexion des ressources humaines de la santé afin de favoriser la recherche et d’éclairer la planification. Ce forum en février est une prochaine étape prometteuse.

Je vous encourage à utiliser la fonction de blogue pour faire part de vos commentaires ou expériences sur la situation exposée dans ce message. Comment assurer une collaboration durable entre les chefs de file des soins de santé? Comment assurer l’efficacité d’une agence pancanadienne des ressources humaines de la santé? Vos suggestions contribueront au débat et à l’analyse en cours ainsi qu’à la détermination des solutions.

Recevez mes salutations les plus chaleureuses.

Andrew Padmos, BA, MD, FRCPC, FACP
Directeur général